L’histoire d’une tortue marine symbole de la double menace que représente la pêche

L’histoire d’une tortue marine symbole de la double menace que représente la pêche

L’histoire d’une tortue marine prise deux fois dans des filets de pêche révèle, selon un communiqué rendu public par BirdLife à l’occasion de la journée mondiale des tortues marines célébrée ce mercredi 16 juin,  une double menace qui pèse sur de nombreux animaux marins.  
L’année dernière, explique le texte, la tortue caouanne femelle, baptisée « Thunderbird », s’est retrouvée empêtrée dans un engin  de pêche fantôme (abandonné) en mer Méditerranée. Après quelques jours de convalescence au centre de secours à Majorque, elle a été équipée d’une balise satellite avant d’être libérée dans son milieu naturel. 
Avec ce dispositif, les chercheurs ont ainsi suivi Thunderbird alors qu’elle traversait le détroit de Gibraltar, l’une des régions où la densité du trafic maritime est l’une des plus élevées au monde, et se dirigeait vers le sud en  longeant la côte ouest-africaine. 
Mais les données satellites des signaux sont ensuite devenues instables, jusqu’à ce que la position finale de la balise  indique que la tortue se trouvait sur la terre ferme, près du port de pêche de Dakar, au Sénégal. Ce qui laisse  penser, toujours selon le communiqué, qu’elle a été accidentellement capturée par un navire de pêche, probablement un chalutier. 
« La tortue a été trouvée empêtrée dans un engin de pêche fantôme par la Fondation Save the Med en juillet  2020 et emmenée au centre de sauvetage Palma Aquarium à Majorque », a déclaré le Dr David March, chercheur  aux Universités d’Exeter et de Barcelone. « Nous lui avons fixé une balise satellite avant de la relâcher le 11 août, ce qui nous a permis de suivre son épopée  de 6 000 km à travers la Méditerranée occidentale jusqu’au large des côtes de l’Afrique de l’Ouest », ajoute-t-il. 
« Thunderbird a déclenché une alerte précoce lorsqu’elle est entrée dans la mer d’Alboran, une zone difficile en  raison de ses forts courants et de sa forte densité de trafic maritime, ce qui pourrait entraîner un risque élevé de  collision avec des bateaux », indique Dr March. Ainsi, à l’époque, il a été demandé au réseau local chargé de surveiller les DCP fantômes en Méditerranée de garder un  œil sur les échouages ou les captures accidentelles (due aux activités humaines). 
Fort heureusement, souligne le communiqué, Thunderbird a réussi à remonter le courant pour sortir de la Méditerranée en novembre en  passant par le détroit de Gibraltar. Mais, si la plupart des tortues adultes qui quittent la Méditerranée nagent vers l’Amérique, car elles sont nées en Floride  ou dans les Caraïbes, le cas a étonné plus d’uns. Elle a nagé le long de la côte ouest-africaine. « Cela peut s’expliquer par le fait qu’une petite partie des tortues de la Méditerranée occidentale sont nées au  Cabo Verde, où elles migrent une fois adultes », a déclaré le professeur Lluís Cardona, de l’université de Barcelone  et de l’Institut de Recerca de Biosdiversitat (IRBio). 
La balise satellite a fourni des données sur la profondeur, de sorte que les chercheurs ont pu constater que la  tortue passait le plus clair de son temps à la surface en Méditerranée, puis plongeait au ras du fond de la mer le  long de la côte ouest-africaine. 
«En février de cette année, la tortue était au large du Sénégal lorsque nous avons perdu le signal de la balise», a  déclaré le Dr March. Avant de déplorer que « le dernier signal qui date du 17 mars a été localisé sur la terre ferme, près du port autonome de Dakar ». 
A en croire le chercheur, «il est toujours difficile de savoir pour quelle raison une balise cesse de transmettre des données. Nous avons  donc vérifié les données de la balise pour en savoir plus sur les causes potentielles ». 
Après avoir vérifié que les capteurs de la batterie et de la balise fonctionnaient correctement, indique-t-il, le portail Global Fishing Watch a été utilisé pour recouper la trace de la tortue avec celle des navires de pêche. Résultat des courses, il a été découvert, toujours selon le scientifique, « que la dernière plongée enregistrée par la balise satellite était à proximité d’un lieu de  pêche fréquenté par des chalutiers». 
«Tout ceci porte à croire que la tortue a été capturée accidentellement par un bateau de pêche et ramenée au  port », regrette-t-il. Résigné, il lâche : « Nous ne savons pas si Thunderbird a été relâchée vivante après sa capture, ou si elle est morte suite à sa pêche accidentelle ». 
Dans tous les cas, souligne BirdLife, des chercheurs utilisent des données satellitaires sur les mouvements des bateaux et travaillent avec des  partenaires au Sénégal pour tenter de retrouver le bateau qui a capturé la tortue, dans l’espoir d’en savoir plus  sur ce qu’il est advenu de Thunderbird. 
L’un dans l’autre, Dr March fait partie d’un projet dont l’objectif est de réduire les prises accidentelles des oiseaux et tortues de mer  dans les pêcheries industrielles en Afrique de l’Ouest, financé par la Fondation MAVA et mis en œuvre par BirdLife international en partenariat avec les gouvernements des Etats membres de la CSRP, le PRCM, l'IRD, l'Université  de Barcelone, la NOAA et la Convention pour la conservation des espèces migratrices sauvages – CMS. 

Pour limiter les prises accidentelles
« Les activités de pêche non réglementées ou illégales sont nombreuses au large de l’Afrique de l’Ouest, et nous  travaillons avec des partenaires locaux et des sociétés de pêche pour adapter les engins et les méthodes de pêche  afin de minimiser les prises accidentelles des tortues marines », a déclaré Ahmed Diamé de BirdLife International. Avant de poursuivre : « Nous identifions également les principales zones de prises accidentelles - comme l’endroit où cette tortue a été  capturée ». 
Et le Dr March d’ajouter : « Le voyage épique de cette tortue illustre deux des principales menaces auxquelles  sont confrontées de nombreuses espèces marines : l’enchevêtrement dans les engins de pêche fantômes et les  prises accidentelles dans les pêcheries industrielles. Nous devons remédier d’urgence à ces deux problèmes afin de limiter leur impact sur un large éventail  d’espèces et d’écosystèmes marins. »